Dans les médias

18 février 2019

par la Dre Valérie Bastien – Première ligne

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Vue sur le village d’Inukjuak, avec un chien husky comme on en voit partout.

J’ai eu la possibilité de vivre pendant trois semaines, dans le cadre d’un stage lors de ma deuxième année de résidence, au cœur même des services de santé du Nunavik. Je vous partage un aperçu de mon expérience dans le Nord, en espérant vous inspirer à sortir des sentiers battus.

Un premier regard

Fin octobre 2018, j’arrive au comptoir d’Air Inuit à l’aéroport international Pierre-Elliot-Trudeau de Montréal. Autour de moi, plusieurs voyageuses et voyageurs vêtus chaudement se connaissent, se retrouvent, se font l’accolade. Les gens qui vont dans le Nord partagent une expérience commune qui les unit; ils forment une grande famille. Nombreux sont ceux qui rapportent de lourdes caisses de denrées alimentaires ou d’autres fournitures – le cout de certains items est très élevé au Nunavik. Une fois à bord, le temps d’une courte escale, j’aperçois les derniers arbres que je verrai de tout mon séjour. Il y a effectivement une nette démarcation entre le climat subarctique et la toundra, ce désert de glace fascinant qui s’étend à perte de vue. Et que dire de la danse mythique des aurores boréales! Il n’est pas surprenant que ces splendeurs célestes aient inspiré les contes et légendes inuits.

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Vue de la Toudra

Des problématiques de santé particulières à la population inuite

Les problématiques de santé présentes au Nunavik diffèrent de celles que nous voyons dans le « Sud » du Québec. Les motifs de consultation les plus courants sont les traumatismes, les accidents de la route (véhicule tout-terrain ou motoneige), les lacérations, les fractures. On note également une consommation de tabac très répandue (73 % de la population de plus de 18 ans). Le cancer pulmonaire est donc fréquent. Ces dernières années, le surpoids et l’obésité ont crû au sein de la population inuite en raison de changements des habitudes de vie (ex. : plus grande consommation d’aliments du « Sud », sédentarisation… Toutefois, les troubles métaboliques sont moins fréquents que dans les populations cries de la Baie-James ou des villes.

La santé mentale est un autre enjeu prédominant. Beaucoup de jeunes Inuites et Inuits souffrent d’anxiété, de dépression, d’idées suicidaires ou encore d’un trouble lié à l’usage de l’alcool. Certains ont vécu des traumatismes et une histoire familiale difficile qui ont laissé des séquelles psychiques. Les travailleuses et travailleurs sociaux et les intervenantes et intervenants communautaires jouent un rôle crucial auprès de ces jeunes. La population étant peu nombreuse, tous les membres de la communauté inuite connaissent quelqu’un qui s’est suicidé.  Le taux de suicide au Nunavik est des plus alarmants. Entre les mois de janvier et octobre 2018, quatorze suicides ont eu lieu dans la communauté de Puvirnituq, qui compte moins de 1800 habitants. Le manque de ressources disponibles en santé mentale au Nunavik est criant.

Un travail collaboratif essentiel

Au niveau de l’organisation des soins, le Nunavik se répartit en deux grandes régions : la côte de la Baie d’Hudson, dont Puvirnituq est le centre de santé principal, et la côte de la Baie d’Ungava, avec son centre à Kuujjuaq. Pour les cas nécessitant des soins spécialisés, la côte de la Baie d’Hudson réfère ses patientes et patients à Montréal, tandis que les membres de la communautés de la Baie d’Ungava sont envoyés à Québec. Cela dit, lorsqu’une situation exige des investigations rapides, on n’a pas d’autre choix que de procéder à des transferts par avion. Il n’existe aucune route entre les villages. Selon les conditions météorologiques, des délais de plusieurs heures voire plusieurs jours peuvent s’appliquer. Les médecins sont ainsi appelés à collaborer avec les pilotes lors des transferts en Medevac (évacuation médicale d’urgence) – un service d’ambulances aériennes.

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Transfert d’un bébé en service Medevac

Aussi, les résultats de laboratoire ne sont pas disponibles le jour même du fait que les prélèvements doivent être acheminés par la voie des airs à Puvirnituq. Au centre de santé principal, la radiologie simple et l’échographie réalisée par une ou un technicien sont disponibles; les images sont lues par une ou un radiologiste à Montréal. Pour les tomodensitométries (TDM, aussi dites « scan »), imageries par résonance magnétique (IRM) et procédures chirurgicales, des transferts dans des centres urbains sont nécessaires.

Selon la taille de la population des villages, seulement un à cinq médecins de famille sont présents sur place. Les infirmières et infirmiers à rôles élargis sont donc essentiels pour prodiguer des soins de base. Grâce à une formation supplémentaire et suivant un protocole établi, ils peuvent diagnostiquer et traiter des conditions fréquentes. Si le cas est plus complexe ou sort du protocole, le personnel infirmier se réfère au médecin. L’accès aux spécialistes est limité dans le Nord. Le ou la médecin de famille a recours à la télémédecine, c’est-à-dire qu’il communique par courriel ou téléphone avec ces derniers. Par ailleurs, les accouchements sont réalisés par les sages-femmes inuites. Les femmes avec des grossesses à risque identifiées avant l’accouchement sont transférées vers la fin du troisième trimestre dans un centre où travaillent des obstétriciennes et obstétriciens-gynécologues.

Au Nunavik, la collaboration interprofessionnelle ne s’arrête pas uniquement aux intervenantes et intervenants de la santé. L’ampleur des problèmes psychosociaux exige d’étendre cette collaboration à d’autres professionnels comme les travailleuses et travailleurs sociaux, intervenantes et intervenants communautaires, psychologues, psychoéducatrices et psychoéducateurs (ces deux dernières professions sont en sous-effectif flagrant) pour être en mesure d’offrir des soins à cette population isolée des grands centres médicaux. On ne peut parler d’égalité dans l’accès aux soins de santé quand on vit en milieu éloigné.

Une expérience qui vaut le détour

Ce séjour, dont je pourrais vous parler encore longuement, m’a permis de constater la complexité des soins quand l’accès y est limité, et aussi l’importance de l’impact des déterminants sociaux de la santé. Par ailleurs, j’ai eu l’occasion de rencontrer des professionnelles et des professionnels inspirants ainsi que des gens chaleureux et accueillants. Toute personne ayant un esprit ouvert et curieux devrait certainement tenter l’expérience!

Nakurmiik! Merci!

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Marie-Claude Moore, M.D., CCMF

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Caroline Laberge, M.D., CCMF, FCMF

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