Dans les médias

5 septembre 2020

ISABELLE LÉGARÉ – Le Nouvelliste

DR SAMUEL BLAIN
Photo : François Gervais

CHRONIQUE / Un jeune homme entre dans la petite pièce faisant office de cabinet de médecin. Une jambe dans le plâtre, il se déplace à l’aide de béquilles. Une fracture du talon en s’amusant à sauter dans des marches en béton…

«Le reste, la santé mentale, ça va? L’anxiété, pas si pire?»

Le gars se redresse sur sa chaise, à l’aise avec cette question du docteur Samuel Blain qui lui parle sur un ton amical, sincèrement intéressé par sa réponse.

Oui, il va «quand même» bien, mais ne se sent pas apte à travailler. Peut-être plus tard.

«Je n’ai pas la même énergie qu’une personne normale. Je suis comme plus gêné, on dirait…»

Il lui arrive encore d’entendre des voix, mais ne consomme plus ni drogue ni alcool. Des ajustements doivent être apportés à sa médication. Prochaine étape: se trouver un appartement. Ses parents devraient lui donner un coup de main.

«Wow! Tu es chanceux qu’ils soient proches de toi comme ça! C’est très aidant!», réagit avec enthousiasme le médecin qui venait de l’encourager à intégrer, une fois sur ses deux pieds, un plateau de travail. Cet endroit lui permettrait d’acquérir de nouvelles expériences en tenant compte de sa condition mentale.

Difficile de dire si le jeune homme entend suivre son conseil, mais le bon docteur a visiblement semé un début de réflexion en lui.

Samuel Blain porte la barbe, une paire de jeans, des chaussures de randonnée et une chemise en lin de style indien. Oubliez le sarrau blanc.

Le stéthoscope n’est pas accroché à son cou. L’instrument est momentanément disparu sous un dossier qu’il a cessé de remplir le temps d’accorder toute son attention à l’éclopé somme toute de belle humeur.

Je suis assise discrètement dans le coin du bureau, à côté de l’infirmière qui établit le premier contact entre le médecin et les personnes venues le consulter. Le bras tatoué et les cheveux colorés, la sympathique Roxanne prend des notes, apporte une précision, partage son avis et n’hésite pas à faire preuve d’humour si besoin il y a, pour détendre l’atmosphère.

Elle connaît son monde. Le genre à offrir une poutine pour amadouer celui ou celle qui est en proie à des hallucinations provoquées par sa dépendance aux amphétamines.

Nous sommes au Centre Le Havre, à Trois-Rivières, qui accueille des hommes et des femmes en situation d’exclusion sociale et d’itinérance. Sauf exception, ces personnes marginalisées n’iront pas chercher les soins nécessaires dans un CLSC, au sein d’une clinique médicale ou à l’hôpital.

Le docteur Blain s’est donné pour mission d’aller vers eux.

Il veut contrer l’indifférence envers ces gens aux prises avec des problématiques multiples et complexes (problèmes de santé mentale, toxicomanie, troubles de la personnalité, etc.) Le médecin profite également de toutes les tribunes qui s’offrent à lui pour vanter les bienfaits des soins de proximité.

Il travaille étroitement avec la collaboration d’organismes qui œuvrent auprès de cette population difficile à rejoindre, mais dont la quête de l’équilibre entre la santé physique, psychologique et sociale est tout aussi essentielle.

L’homme de 41 ans prône la santé globale pour soi et pour les autres, en incluant les plus vulnérables d’entre nous. Il donne l’exemple en communiquant avec eux d’égal à égal. C’est une conversation sans jugement, qui va au-delà du talon fracturé.

Son approche fait école.

Le Collège québécois des médecins de famille lui a récemment décerné un prix d’excellence 2020 pour sa contribution à la vie communautaire.

Médecin de famille dans une clinique de Shawinigan où le tiers de ses quelque 1000 patients sont des enfants, Samuel Blain a un curriculum vitae bien garni. Il a une dizaine de titres dont celui de chef de service de médecine générale, volet dépendance et inclusion sociale, au CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec.

Il a été travailleur de rue avant de se tourner vers la médecine.

«J’ai un parcours assez atypique», souligne d’emblée celui qui, dans sa jeune vingtaine, a beaucoup voyagé. Seul, sur le pouce et avec son sac à dos, il s’est rendu jusque sur les chemins de Compostelle.

«J’ai adopté la vie», raconte Samuel Blain qui, au terme de 1500 kilomètres à pied, a su que la nature humaine allait être au cœur de ses actions.

«Je voulais faire de la médecine sociale, plus engagée. C’est d’ailleurs le titre d’un cours dont je suis responsable à l’Université de Montréal.

«Rien n’est possible sans le lien de confiance», soutient le docteur Blain en insistant sur la nécessité de faciliter l’accueil des exclus dans le réseau de la santé.

Ils n’iront pas consulter, sauf en situation de crise. Et encore… Ils se méfient souvent du système.

«Quand on voit quelqu’un dans la rue, c’est la pointe de l’iceberg.»

Samuel Blain donne l’exemple de celui qui risque de se voir refuser l’accès à un rendez-vous médical après 30 minutes de retard.

Le médecin ne cherche pas à l’excuser, mais il rappelle ceci: «Ce n’est pas toujours évident de trouver un local dans une tour de Babel quand tu ne sais pas lire ou que tu dois consommer aux deux heures. C’est sûr que tu ne t’y rends pas…»

Entouré d’une équipe d’intervenants, le docteur Blain offre des soins auprès d’une clientèle qui, peu à peu, accepte de raconter son histoire et d’être accompagnée vers les ressources pouvant l’aider.

«On discute ensemble pour faire une meilleure lecture de la situation.»

Avec ouverture d’esprit, en s’intéressant vraiment à lui ou à elle, en recréant des liens.

Au final, c’est le gars ou la fille en face du médecin qui se mobilise pour sa propre santé.

Comme ce jeune homme en béquilles qui est reparti en sachant qu’on a pris le temps de s’asseoir avec lui. Pour lui.

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Marie-Claude Moore, M.D., CCMF

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Caroline Laberge, M.D., CCMF, FCMF

 Le CQMF me permet de développer un soutien concret aux jeunes médecins du Québec 

Dominique Deschênes, M.D., CCMF, FCMF

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