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23 novembre 2020

DENIS MÉTHOT – ProfessionSanté – L’actualité médicale

Photo : ProfessionSanté

Après la télémédecine, dont l’usage a explosé cette année au Québec en raison de la pandémie, un autre pas s’apprête à être franchi avec le déploiement à l’échelle provinciale du «conseil numérique». Ce mécanisme permet à un médecin de famille de demander un conseil ou un avis à un spécialiste via une plateforme numérique et d’obtenir une réponse en sept jours ou moins. Étant donné l’attente parfois très longue pour obtenir une consultation dans certaines spécialités, cet outil constituera un raccourci qui devrait bénéficier à des dizaines de milliers de patients.

L’avantage principal du conseil numérique sera d’éviter le transfert inutile de cas simples en spécialité alors qu’ils peuvent être résolus en 10 ou 15 minutes d’échanges entre deux médecins. Lors des trois projets-pilotes menés au Québec, le conseil numérique a permis d’éviter une consultation en spécialité pour 40% des demandes soumises. Grâce aux recommandations obtenues auprès du médecin spécialiste, le médecin de famille a revu son patient et conclu le dossier en quelques jours.

La référence en spécialité a été maintenue dans 28% des cas. Toutefois, grâce au conseil numérique, le rendez-vous avec le médecin spécialiste aura été plus efficace, car après avoir pris connaissance de la demande, ce dernier avait pu demander à l’omnipraticien des examens préalables ou supplémentaires avant de recevoir le patient. Il était donc mieux préparé à faire le suivi.

Des réponses extrêmement rapides

Là où le conseil numérique trouve toute son utilité, c’est pour avoir des réponses extrêmement rapides à des problèmes cliniques qui sont nouveaux pour l’omnipraticien ou pour lesquels il a besoin d’une confirmation de diagnostic, de traitement ou de médication de la part d’un médecin spécialiste. Exemple, un résultat d’examen signale une anomalie que le médecin de famille n’a jamais vue. Plutôt que de référer tout de suite le patient, l’omnipraticien écrit à un collègue participant en spécialité et lui demande conseil.  Il reçoit la réponse en une semaine ou moins.  Avec les précisions qu’il aura reçues, il pourra appeler ou revoir le patient pour compléter lui-même la démarche thérapeutique ou encore engager le processus de transfert.

Déploiement prochain

Ce mécanisme de consultation qui vise à éliminer les très longs et parfois inutiles délais pour être vus en médecine spécialisée a été mis au point il y a 10 ans en Ontario par deux femmes médecins, l’omnipraticienne Clare Liddy et l’endocrinologue Erin Keely qui étaient révoltées par les incroyables échéances pour être vu en spécialité. La formule a été reprise au Québec à l’initiative du Collège québécois des médecins de famille (CQMF) en 2014, à l’époque où la Dre Maxine Dumas-Pilon en était la présidente. Elle a fait l’objet de projets-pilotes dans l’Outaouais à compter de 2017, puis en Abitibi-Témiscamingue et en Mauricie-Centre-du-Québec à partir de 2018.  Lors de cette période d’essai et de rodage, 263 médecins de famille et 62 médecins spécialistes de 28 disciplines différentes se sont inscrits à «eConsult», et 4 771 consultations ont été réalisées.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux s’était vite impliqué dans l’initiative du CQMF. C’est lui aujourd’hui qui en est le maître-d’œuvre et s’apprête à lancer ce service à travers la province sous le nom français de «conseil numérique». Presque tous les éléments sont déjà en place. La plateforme web est prête et opérationnelle. Un accord sur la rémunération rattachée à cet acte pour les médecins de famille a été conclu le 16 novembre.  En date du 19 novembre, il restait à finaliser une pareille entente avec la FMSQ et à compléter le recrutement de médecins spécialistes motivés à offrir ce nouveau service.

On avance que Québec pourrait lancer le conseil numérique au mois de janvier 2021. Le plan de match du Ministère n’est pas connu. La Dre Dumas-Pilon s’attend à un déploiement progressif, d’abord avec un certain nombre de spécialités et de médecins, et à ce que l’adhésion croisse avec la demande.

Pour toutes les spécialités

Dans les régions du Québec où se sont déroulés les projets pilotes de «eConsult», les spécialités qui étaient les plus sollicitées par les médecins de famille étaient la dermatologie, la médecine interne, l’endocrinologie, la neurologie, la gynécologie et la psychiatrie. Selon la Dre Dumas-Pilon, qui agit aujourd’hui comme consultante pour le Ministère dans ce dossier, l’ensemble des spécialités se prêtent au conseil numérique. Après la télémédecine, elle y voit une nouvelle façon innovante d’offrir des soins à la population.

Aucun médecin ne sera toutefois obligé d’y adhérer et nul besoin non plus que tous les médecins spécialistes embarquent. Quelques individus motivés peuvent faire le travail dans une région. En Outaouais, deux dermatologues avaient été participantes et une endocrinologue a couvert trois régions.

Fonctionnement du conseil numérique

De préciser la Dre Dumas-Pilon, le conseil numérique ne deviendra pas un outil de triage du CRDS, mais dans la démarche, il précède le CRDS.  La procédure est simple. Le médecin de famille entre en contact avec le spécialiste via une plateforme web sécurisée qui permet des communications asynchrones. Il choisit la spécialité, entre le nom et l’âge du patient et pose sa question clinique. Il peut ajouter des documents, comme des photos. Le spécialiste aura sept jours pour répondre à sa demande initiale, mais lors des projets pilotes, le délai moyen de retour était de quatre jours. Le médecin de famille peut demander des précisions additionnelles. L’échange se poursuit tant que l’omnipraticien n’aura pas eu les réponses qu’il voulait. Lors des projets pilotes au Québec, le conseil numérique était accessible via un ordinateur, une tablette ou un téléphone intelligent.

Remplir une demande peut prendre à un médecin de famille de 5 à 15 minutes selon les cas, voire jusqu’à 30 minutes et plus en psychiatrie. «Il y a une charge de travail, mais il y a des économies de temps pour le médecin, et le patient ne vient pas te revoir plusieurs fois dans la même année avec le même problème parce que tu es toujours en attente de la réponse du spécialiste», souligne la Dre Dumas-Pilon.

Le volume de demandes qu’expédient les médecins de famille n’est pas affolant.  La Dre Annabelle Lévesque-Chouinard, qui a été la première médecin de famille à y recourir au Québec, l’utilise en moyenne une fois par semaine. Le Dr Éric Himaya, un gynécologue de l’Outaouais qui participe au conseil numérique depuis 2017, dit recevoir une à deux demandes hebdomadaires.  Il répond souvent au moyen de son téléphone cellulaire entre deux occupations et estime que chaque réponse lui prend environ 10 minutes car il donne beaucoup d’informations. Sinon, elle pourrait être plus rapide.

Les avantages du conseil numérique

En bout de ligne, le grand gagnant du conseil numérique sera le patient, car grâce à son médecin de famille, il aura obtenu l’avis d’un médecin spécialiste en sept jours ou moins plutôt qu’en quelques mois et son problème sera peut-être réglé rapidement par son omnipraticien, ce qui va réduire son taux d’anxiété et éviter une détérioration possible de son état.

Le médecin de famille y trouve aussi son compte, car en plus d’offrir un meilleur service à son patient, il en tire un enseignement professionnel important. De son côté, le médecin spécialiste participant aura la satisfaction de penser qu’il fait de la bonne médecine et qu’un patient n’aura pas eu à attendre des mois, voire des années, pour obtenir ses conseils. Finalement, tout le système de santé et la société y gagnent, croit la Dre Dumas-Pilon.

L’avènement du conseil numérique va-t-il affecter le recours au CRDS? «Il faudra que les médecins recourent au conseil numérique pour qu’il ait un impact, estime l’ancienne présidente du CQMF. Le défi à relever, c’est de le faire connaître auprès des omnipraticiens qui l’utilisent, de bien attacher l’offre de médecins spécialistes de l’autre côté et qu’ils veuillent bien répondre aux demandes qui leur seront adressées.»

4 novembre 2020

CHRISTIAN LEDUC – ProfessionSanté – L’actualité médicale

Photo : ProfessionSanté

Une nouvelle communauté de pratique pour les médecins exerçant en centre d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD) vient officiellement d’être lancée.

«Nous avons pensé mettre sur pied cette communauté de pratique, car il n’y a aucune association pour les médecins qui exercent en CHSLD», explique la Dre Sophie Zhang, l’une des coprésidentes de son comité directeur.

La Communauté de pratique de médecins en CHSLD (CPMC), dont le site web www.cpmchsld.ca est accessible depuis l’été dernier, compte déjà plus de 300 membres. Pour le moment, seuls les médecins peuvent être admis.

La Dre Sophie Zhang précise que tous les médecins qui s’intéressent à la pratique dans ce type de milieu sont les bienvenus à s’y inscrire et pas seulement ceux qui y travaillent.

Selon elle, le projet s’est davantage concrétisé au printemps durant la première vague de la COVID-19, alors que les CHSLD ont été particulièrement touchés.

D’ailleurs, les échanges au sein de la communauté portent présentement sur les meilleures pratiques à adopter contre la COVID-19 en CHSLD. Des outils afin de lutter plus efficacement contre une éclosion peuvent notamment être téléchargés sur le site.

Un premier webinaire intitulé « Leçons de la pandémie, pour naviguer vers l’avenir des services et des soins aux personnes âgées » s’est déroulé le 16 octobre dernier sur le site web. Cet atelier a été présenté par le Dr Quoc Dinh Nguyen, gériatre-interniste, auparavant à la tête du groupe d’experts des milieux de vie pour aînés et membre fondateur de la CPMC.

Une fois que la pandémie entrera dans une phase moins critique, d’autres sujets pourront être abordés, tels que l’informatisation des CHSLD ou l’interdisciplinarité au sein de ce milieu de pratique, illustre la Dre Zhang.

En septembre 2020, la communauté de pratique a intégré les rangs du Collège québécois des médecins de famille (CQMF).

Solidarité et partage pour affronter la deuxième vague

Montréal, 2 novembre 2020 – « Nous lançons officiellement aujourd’hui la Communauté de pratique des médecins en CHSLD (CPMC) », annoncent les Dres Sophie Zhang et Élise Boulanger, coprésidentes du comité directeur de la CPMC. La communauté de pratique des médecins en centre d’hébergement et de soins de longue durée offre un lieu de communication entre médecins, de partage de ressources et de diffusion des meilleures pratiques en lien avec la COVID-19 dans les milieux de soins de longue durée.

« La deuxième vague est amorcée. La CPMC vise à mettre en lien des médecins de régions moins touchées par la COVID-19 avec d’autres médecins plus expérimentés. Il faut partager les leçons apprises ce printemps pour que tout le monde soit mieux outillé face à ce qui s’en vient », souligne la Dre Sophie Zhang.

Partager, soutenir et diffuser les meilleures pratiques

Mis en ligne depuis peu, le site Internet de la CPMC (www.cpmchsld.ca) a connu un trafic significatif. Jusqu’à maintenant, plus de 300 médecins de diverses régions du Québec sont devenus membres de la communauté. Le 16 octobre dernier, c’est plus d’une centaine d’entre eux qui participaient à un premier webinaire organisé par la CPMC intitulé Leçons de la pandémie, pour naviguer vers l’avenir des services et des soins aux personnes âgées, présenté par le Dr Quoc Dinh Nguyen, gériatre-interniste, auparavant à la tête du groupe d’experts des milieux de vie pour aînés et membre fondateur de la CPMC.

« Il faut revaloriser le travail en CHSLD, promouvoir la qualité des soins aux personnes âgées et garantir l’équité des ressources dans le système de santé. Avoir la possibilité de réseauter et d’échanger entre médecins est un pas dans la bonne direction », poursuit la Dre Élise Boulanger.

Pour améliorer les soins et les services en centre d’hébergement

La CPMC a été créée dans la foulée de la pandémie de COVID-19 au Québec. Cette crise sanitaire majeure a mis en lumière les besoins d’échange et de renforcement des liens entre médecins des CHSLD. L’idée de sa création est née des nombreux échanges entre des médecins de famille et des gériatres très impliqués pendant la première vague. Unis par leur engagement sur le terrain ainsi qu’à différents niveaux de gestion, les membres fondateurs ont voulu donner une voix plus forte aux CHSLD, jusque-là peu représentés dans les instances administratives, professionnelles et gouvernementales.

En septembre 2020, la CPMC a intégré les rangs du Collège québécois des médecins de famille (CQMF). Bien que la COVID-19 sera l’enjeu de l’année en cours, le comité directeur de la CPMC a l’intention de poursuivre ses activités bien au-delà de la pandémie, pour couvrir d’autres thématiques en lien avec les soins de longue durée.

Source : Communauté de pratique des médecins en CHSLD (CPMC)

Pour information : Dre Sophie Zhang, coprésidente, sophie.zhang.ccsmtl@ssss.gouv.qc.ca et Dre Élise Boulanger, coprésidente, elise.boulanger.med@ssss.gouv.qc.ca; Linda Lévesque, responsable des communications, CQMF, llevesque@cqmf.qc.ca, 514 242-8909.

29 octobre 2020

par Caroline Laberge, M.D., CCMF, FCMF  ProfessionSanté – L’actualité médicale

Dre Caroline Laberge, présidente du CQMF

Le sujet est sur toutes les tribunes actuellement. Il y a quelques mois déjà, je souhaitais écrire sur le racisme dans la foulée des événements qui se déroulaient chez nos voisins du Sud, après la mort de Georges Floyd. Le CQMF et son groupe de travail sur les causes sociales et environnementales se préoccupent des iniquités qui touchent nos collectivités et des enjeux qui affectent la santé et le bien-être. Comme médecin et autres professionnels-elles de la santé, nous sommes souvent les premiers témoins de ces impacts sur les individus et avons la possibilité de parler et dénoncer ce que nous constatons. À l’égard du racisme systémique dont notre système de santé n’est malheureusement pas exempt, un changement s’impose et nous pouvons être toutes et tous des acteurs de changement.

En mai dernier et dans les semaines suivant la mort de George Floyd, nous étions témoins des émeutes meurtrières aux États-Unis. Les démonstrations de mépris de la vie humaine de couleur noire ont abondé dans les médias et ont fait ressortir de nombreuses histoires similaires de violence policière et de système judiciaire gangrené. La suite donne froid dans le dos : polarisation des militantes et militants, encouragements à la violence pour contenir les émeutes, montée des groupes d’extrême droite et néonazis. L’élection présidentielle du 3 novembre prochain laisse entrevoir des difficultés à réconcilier ces vives tensions.

Chez nous?

Chez nous, on se sent plus ou moins impliqués, ça n’arrive pas ici! Mais voilà. La tragique vidéo de Joyce Echaquan et sa mort dans des circonstances nébuleuses, dans les heures qui ont suivi cette brutalité dans les soins, nous donne un tout autre écho. C’est bien arrivé chez nous et ce n’est pas un événement isolé. La Commission Viens avait entendu, de 2017 à 2019, des centaines de témoignages d’Autochtones décriant les traitements reçus par les autorités policières, le système judiciaire, les services de santé, la protection de la jeunesse.

Comme le décrit le commissaire Jacques Viens dans son rapport : « La discrimination systémique a pour caractéristique d’être largement répandue, voire institutionnalisée dans les pratiques, les politiques et les cultures ayant cours dans une société. La discrimination systémique peut entraver le parcours d’un individu tout au long de sa vie et même avoir des effets négatifs sur plusieurs générations. »

Ce même constat s’est dégagé de la consultation citoyenne tenue à Montréal, de 2018 à 2020, dont le rapport Racisme et discrimination systémiques dans les compétences de la Ville de Montréal a été déposé en juin dernier. Le profilage racial existe bel et bien et les citoyens issus des minorités visibles sont plus à risque d’avoir des démêlés avec la justice. Sans prétendre avoir lu le rapport au complet, j’aime bien la piste de solution proposée : « Finalement, (la Ville) doit s’attaquer aux inégalités sociales afin de réduire les écarts, car le racisme et la discrimination systémiques s’entrecroisent souvent avec d’autres facteurs comme la pauvreté, le manque de services municipaux ou la précarité de statut, des situations qui fragilisent encore plus le tissu social. »

Mais par où commencer pour remédier à la situation? L’exemple de l’Université Laval est intéressant. Créé en 2015, le Vice-décanat à la responsabilité sociale a, entre autres, pour mission de soutenir l’inclusion et la diversité au sein de l’ensemble de notre communauté. La Faculté de médecine soutient que « en raison de notre engagement envers la responsabilité sociale, il est important que tous les membres de notre communauté soient conscients des conséquences négatives du racisme systémique, tant sur la formation des futurs professionnels et futures professionnelles de la santé que sur la qualité des soins et services rendus à la population. »

Pourtant, même en étant conscients, il y a certains biais qui font malgré tout partie de notre schème de pensée, comme en témoigne ma collègue, la Dre Pascale Breault, médecin de famille au GMF-U de Saint-Charles-Borromée, à Joliette, et médecin dans la communauté atikamekw de Manawan. Le Dr Mathieu Pelletier souligne, pour sa part, que les soins autochtones doivent être avant tout une attention portée à la sécurité culturelle. On parle ici davantage d’une acquisition de compétence que de connaissances.

Pour le Collège des médecins de famille du Canada (CMFC), c’est également une préoccupation, depuis plusieurs années, d’offrir des soins de qualité et « culturellement sécuritaires » aux peuples autochtones. Le Groupe de travail sur la santé autochtone (GTSA), mis sur pied en 2011, a pour mandat d’aider le CMFC à aborder la question du racisme systémique et du colonialisme dans nos normes de formation et nos pratiques. Il a aussi le mandat de travailler à nouer des liens de confiance entre les médecins de famille autochtones, leurs communautés et le Collège.

Urgence d’agir

Aujourd’hui, il y a urgence d’agir. Des mesures concrètes et à court terme doivent être prises pour rendre les soins et services de santé plus respectueux des personnes, quelle que soit leur origine. Le 16 octobre dernier, en mode virtuel, le gouvernement fédéral réunissait d’urgence plus de 350 personnes en vue de proposer, d’ici janvier 2021, un plan d’action visant à enrayer le racisme systémique dans le système de santé. Il importera de travailler avec les Premières Nations pour s’assurer que les Autochtones se sentent en sécurité dans les milieux de soins. Et, pour mettre pleinement en œuvre les recommandations du rapport de la Commission Viens, Québec devra aussi travailler avec les Premières Nations.

Je pense que globalement, comme professionnels-elles de la santé, nous devons toujours garder une grande humanité, de l’humilité et une ouverture à l’autre pour bien comprendre l’histoire de chacune et chacun de nos patients et les aider réellement; ceci s’applique autant aux Autochtones qu’à toutes les clientèles marginalisées. J’ai l’impression que parfois notre sentiment d’impuissance peut nous amener à juger et à nous détacher émotionnellement pour ne pas porter seul-e cette charge trop lourde. Diverses pistes de solutions sont à méditer : comprendre le portrait global et historique; travailler en équipe pour offrir les meilleurs soins; et accepter que cela prendra du temps!

J’aimerais entendre vos histoires, témoignages et idées pour rendre nos soins justes et sécuritaires pour toutes et tous. Je vous invite aussi à visiter notre site Web! Nous diffuserons sous peu des suggestions de lectures, de films et autres ressources pour réfléchir à ces enjeux.

Caroline Laberge, M.D., CCMF, FCMF

Mot de notre présidente, la Dre Caroline Laberge, publié le 29 octobre 2020, dans ProfessionSanté.

Le sujet est sur toutes les tribunes actuellement. Il y a quelques mois déjà, je souhaitais écrire sur le racisme dans la foulée des événements qui se déroulaient chez nos voisins du Sud, après la mort de Georges Floyd. Le CQMF et son groupe de travail sur les causes sociales et environnementales se préoccupent des iniquités qui touchent nos collectivités et des enjeux qui affectent la santé et le bien-être. Comme médecin et autres professionnels-elles de la santé, nous sommes souvent les premiers témoins de ces impacts sur les individus et avons la possibilité de parler et dénoncer ce que nous constatons. À l’égard du racisme systémique dont notre système de santé n’est malheureusement pas exempt, un changement s’impose et nous pouvons être toutes et tous des acteurs de changement.

En mai dernier et dans les semaines suivant la mort de George Floyd, nous étions témoins des émeutes meurtrières aux États-Unis. Les démonstrations de mépris de la vie humaine de couleur noire ont abondé dans les médias et ont fait ressortir de nombreuses histoires similaires de violence policière et de système judiciaire gangrené. La suite donne froid dans le dos : polarisation des militantes et militants, encouragements à la violence pour contenir les émeutes, montée des groupes d’extrême droite et néonazis. L’élection présidentielle du 3 novembre prochain laisse entrevoir des difficultés à réconcilier ces vives tensions.

Chez nous?

Chez nous, on se sent plus ou moins impliqués, ça n’arrive pas ici! Mais voilà. La tragique vidéo de Joyce Echaquan et sa mort dans des circonstances nébuleuses, dans les heures qui ont suivi cette brutalité dans les soins, nous donne un tout autre écho. C’est bien arrivé chez nous et ce n’est pas un événement isolé. La Commission Viens avait entendu, de 2017 à 2019, des centaines de témoignages d’Autochtones décriant les traitements reçus par les autorités policières, le système judiciaire, les services de santé, la protection de la jeunesse.

Comme le décrit le commissaire Jacques Viens dans son rapport : « La discrimination systémique a pour caractéristique d’être largement répandue, voire institutionnalisée dans les pratiques, les politiques et les cultures ayant cours dans une société. La discrimination systémique peut entraver le parcours d’un individu tout au long de sa vie et même avoir des effets négatifs sur plusieurs générations. »

Ce même constat s’est dégagé de la consultation citoyenne tenue à Montréal, de 2018 à 2020, dont le rapport Racisme et discrimination systémiques dans les compétences de la Ville de Montréal a été déposé en juin dernier. Le profilage racial existe bel et bien et les citoyens issus des minorités visibles sont plus à risque d’avoir des démêlés avec la justice. Sans prétendre avoir lu le rapport au complet, j’aime bien la piste de solution proposée : « Finalement, (la Ville) doit s’attaquer aux inégalités sociales afin de réduire les écarts, car le racisme et la discrimination systémiques s’entrecroisent souvent avec d’autres facteurs comme la pauvreté, le manque de services municipaux ou la précarité de statut, des situations qui fragilisent encore plus le tissu social. »

Mais par où commencer pour remédier à la situation? L’exemple de l’Université Laval est intéressant. Créé en 2015, le Vice-décanat à la responsabilité sociale a, entre autres, pour mission de soutenir l’inclusion et la diversité au sein de l’ensemble de notre communauté. La Faculté de médecine soutient que « en raison de notre engagement envers la responsabilité sociale, il est important que tous les membres de notre communauté soient conscients des conséquences négatives du racisme systémique, tant sur la formation des futurs professionnels et futures professionnelles de la santé que sur la qualité des soins et services rendus à la population. »

Pourtant, même en étant conscients, il y a certains biais qui font malgré tout partie de notre schème de pensée, comme en témoigne ma collègue, la Dre Pascale Breault, médecin de famille au GMF-U de Saint-Charles-Borromée, à Joliette, et médecin dans la communauté atikamekw de Manawan. Le Dr Mathieu Pelletier souligne, pour sa part, que les soins autochtones doivent être avant tout une attention portée à la sécurité culturelle. On parle ici davantage d’une acquisition de compétence que de connaissances.

Pour le Collège des médecins de famille du Canada (CMFC), c’est également une préoccupation, depuis plusieurs années, d’offrir des soins de qualité et « culturellement sécuritaires » aux peuples autochtones. Le Groupe de travail sur la santé autochtone (GTSA), mis sur pied en 2011, a pour mandat d’aider le CMFC à aborder la question du racisme systémique et du colonialisme dans nos normes de formation et nos pratiques. Il a aussi le mandat de travailler à nouer des liens de confiance entre les médecins de famille autochtones, leurs communautés et le Collège.

Urgence d’agir

Aujourd’hui, il y a urgence d’agir. Des mesures concrètes et à court terme doivent être prises pour rendre les soins et services de santé plus respectueux des personnes, quelle que soit leur origine. Le 16 octobre dernier, en mode virtuel, le gouvernement fédéral réunissait d’urgence plus de 350 personnes en vue de proposer, d’ici janvier 2021, un plan d’action visant à enrayer le racisme systémique dans le système de santé. Il importera de travailler avec les Premières Nations pour s’assurer que les Autochtones se sentent en sécurité dans les milieux de soins. Et, pour mettre pleinement en œuvre les recommandations du rapport de la Commission Viens, Québec devra aussi travailler avec les Premières Nations.

Je pense que globalement, comme professionnels-elles de la santé, nous devons toujours garder une grande humanité, de l’humilité et une ouverture à l’autre pour bien comprendre l’histoire de chacune et chacun de nos patients et les aider réellement; ceci s’applique autant aux Autochtones qu’à toutes les clientèles marginalisées. J’ai l’impression que parfois notre sentiment d’impuissance peut nous amener à juger et à nous détacher émotionnellement pour ne pas porter seul-e cette charge trop lourde. Diverses pistes de solutions sont à méditer : comprendre le portrait global et historique; travailler en équipe pour offrir les meilleurs soins; et accepter que cela prendra du temps!

J’aimerais entendre vos histoires, témoignages et idées pour rendre nos soins justes et sécuritaires pour toutes et tous. Je vous invite aussi à visiter notre site Web! Nous diffuserons sous peu des suggestions de lectures, de films et autres ressources pour réfléchir à ces enjeux.

5 septembre 2020

ISABELLE LÉGARÉ – Le Nouvelliste

DR SAMUEL BLAIN
Photo : François Gervais

CHRONIQUE / Un jeune homme entre dans la petite pièce faisant office de cabinet de médecin. Une jambe dans le plâtre, il se déplace à l’aide de béquilles. Une fracture du talon en s’amusant à sauter dans des marches en béton…

«Le reste, la santé mentale, ça va? L’anxiété, pas si pire?»

Le gars se redresse sur sa chaise, à l’aise avec cette question du docteur Samuel Blain qui lui parle sur un ton amical, sincèrement intéressé par sa réponse.

Oui, il va «quand même» bien, mais ne se sent pas apte à travailler. Peut-être plus tard.

«Je n’ai pas la même énergie qu’une personne normale. Je suis comme plus gêné, on dirait…»

Il lui arrive encore d’entendre des voix, mais ne consomme plus ni drogue ni alcool. Des ajustements doivent être apportés à sa médication. Prochaine étape: se trouver un appartement. Ses parents devraient lui donner un coup de main.

«Wow! Tu es chanceux qu’ils soient proches de toi comme ça! C’est très aidant!», réagit avec enthousiasme le médecin qui venait de l’encourager à intégrer, une fois sur ses deux pieds, un plateau de travail. Cet endroit lui permettrait d’acquérir de nouvelles expériences en tenant compte de sa condition mentale.

Difficile de dire si le jeune homme entend suivre son conseil, mais le bon docteur a visiblement semé un début de réflexion en lui.

Samuel Blain porte la barbe, une paire de jeans, des chaussures de randonnée et une chemise en lin de style indien. Oubliez le sarrau blanc.

Le stéthoscope n’est pas accroché à son cou. L’instrument est momentanément disparu sous un dossier qu’il a cessé de remplir le temps d’accorder toute son attention à l’éclopé somme toute de belle humeur.

Je suis assise discrètement dans le coin du bureau, à côté de l’infirmière qui établit le premier contact entre le médecin et les personnes venues le consulter. Le bras tatoué et les cheveux colorés, la sympathique Roxanne prend des notes, apporte une précision, partage son avis et n’hésite pas à faire preuve d’humour si besoin il y a, pour détendre l’atmosphère.

Elle connaît son monde. Le genre à offrir une poutine pour amadouer celui ou celle qui est en proie à des hallucinations provoquées par sa dépendance aux amphétamines.

Nous sommes au Centre Le Havre, à Trois-Rivières, qui accueille des hommes et des femmes en situation d’exclusion sociale et d’itinérance. Sauf exception, ces personnes marginalisées n’iront pas chercher les soins nécessaires dans un CLSC, au sein d’une clinique médicale ou à l’hôpital.

Le docteur Blain s’est donné pour mission d’aller vers eux.

Il veut contrer l’indifférence envers ces gens aux prises avec des problématiques multiples et complexes (problèmes de santé mentale, toxicomanie, troubles de la personnalité, etc.) Le médecin profite également de toutes les tribunes qui s’offrent à lui pour vanter les bienfaits des soins de proximité.

Il travaille étroitement avec la collaboration d’organismes qui œuvrent auprès de cette population difficile à rejoindre, mais dont la quête de l’équilibre entre la santé physique, psychologique et sociale est tout aussi essentielle.

L’homme de 41 ans prône la santé globale pour soi et pour les autres, en incluant les plus vulnérables d’entre nous. Il donne l’exemple en communiquant avec eux d’égal à égal. C’est une conversation sans jugement, qui va au-delà du talon fracturé.

Son approche fait école.

Le Collège québécois des médecins de famille lui a récemment décerné un prix d’excellence 2020 pour sa contribution à la vie communautaire.

Médecin de famille dans une clinique de Shawinigan où le tiers de ses quelque 1000 patients sont des enfants, Samuel Blain a un curriculum vitae bien garni. Il a une dizaine de titres dont celui de chef de service de médecine générale, volet dépendance et inclusion sociale, au CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec.

Il a été travailleur de rue avant de se tourner vers la médecine.

«J’ai un parcours assez atypique», souligne d’emblée celui qui, dans sa jeune vingtaine, a beaucoup voyagé. Seul, sur le pouce et avec son sac à dos, il s’est rendu jusque sur les chemins de Compostelle.

«J’ai adopté la vie», raconte Samuel Blain qui, au terme de 1500 kilomètres à pied, a su que la nature humaine allait être au cœur de ses actions.

«Je voulais faire de la médecine sociale, plus engagée. C’est d’ailleurs le titre d’un cours dont je suis responsable à l’Université de Montréal.

«Rien n’est possible sans le lien de confiance», soutient le docteur Blain en insistant sur la nécessité de faciliter l’accueil des exclus dans le réseau de la santé.

Ils n’iront pas consulter, sauf en situation de crise. Et encore… Ils se méfient souvent du système.

«Quand on voit quelqu’un dans la rue, c’est la pointe de l’iceberg.»

Samuel Blain donne l’exemple de celui qui risque de se voir refuser l’accès à un rendez-vous médical après 30 minutes de retard.

Le médecin ne cherche pas à l’excuser, mais il rappelle ceci: «Ce n’est pas toujours évident de trouver un local dans une tour de Babel quand tu ne sais pas lire ou que tu dois consommer aux deux heures. C’est sûr que tu ne t’y rends pas…»

Entouré d’une équipe d’intervenants, le docteur Blain offre des soins auprès d’une clientèle qui, peu à peu, accepte de raconter son histoire et d’être accompagnée vers les ressources pouvant l’aider.

«On discute ensemble pour faire une meilleure lecture de la situation.»

Avec ouverture d’esprit, en s’intéressant vraiment à lui ou à elle, en recréant des liens.

Au final, c’est le gars ou la fille en face du médecin qui se mobilise pour sa propre santé.

Comme ce jeune homme en béquilles qui est reparti en sachant qu’on a pris le temps de s’asseoir avec lui. Pour lui.

3 août 2020

CLAUDINE HÉBERT – Le Médecin du Québec

DR PIERRE-PAUL TELLIER
Photo : Heidi Hollinger

Depuis plus de quarante ans, le Dr Pierre-Paul Tellier consacre sa pratique médicale à la vie communautaire des arrondissements Notre-Dame-de-Grâce et Côte-des-Neiges, particulièrement pour aider les enfants et adolescents à risque. Un parcours qui lui a valu le prix du Médecin de famille de l’année 2020 décerné, en juin dernier, par le Collège québécois des médecins de famille.

« Et dire que je suis devenu omnipraticien parce que je souhaitais quitter le plus rapidement possible le milieu universitaire. Je détestais cet environnement de compétition et de performance à tout prix », avoue d’emblée ce diplômé de la Faculté de médecine de l’Université d’Ottawa. Un choix de carrière, précise-t-il, qu’il n’a ensuite jamais regretté.

Dès ses premières heures en résidence de médecine familiale à l’Hôpital pour enfants de Montréal, le Dr Tellier a découvert qu’il était au bon endroit. « Je pouvais enfin prodiguer la même médecine que celle de mon idole de jeunesse, le Dr Marcus Welby. J’étais un grand admirateur de ce personnage de série télévisée américaine. C’était un homme aimable qui soignait les gens, peu importe leur âge et qui ils étaient. C’était le médecin que je voulais devenir… et que je suis devenu », raconte le clinicien qui a grandi dans la ville ontarienne de Pembroke, à 140 km à l’ouest d’Ottawa.

Une fois sa résidence terminée, le Dr Tellier est allé suivre une formation complémentaire (fellowship) en santé des adolescents au Bellevue Hospital, à New York. Pendant deux ans, il a perfectionné sa pratique en compagnie de la Dre Adèle Hoffman, l’une des fondatrices de la discipline aux États-Unis.

À son retour à Montréal, à la fin des années 1970, le Dr Tellier a décroché le poste de directeur du service de santé pour étudiants de l’Université McGill, poste qu’il a occupé pendant près de 35 ans, soit jusqu’en 2015. C’est d’ailleurs dans le cadre de cet emploi que le Dr Tellier a été surnommé « Dr T » par les étudiants.

Le nom du Dr Pierre-Paul Tellier a aussi été étroitement associé pendant plus de 37 ans à l’organisme communautaire À deux mains/Head & Hands, dans l’arrondissement Notre-Dame-de-Grâce. Née en 1970, cette organisation vient en aide aux jeunes de 12 à 25 ans.

J’étais un grand admirateur du personnage du Dr Marcus Welby. C’était un homme aimable qui soignait les gens, peu importe leur âge et qui ils étaient. C’était le médecin que je voulais devenir… et que je suis devenu.

Enfin, même à l’aube de ses 70 ans, l’heure de la retraite n’a pas encore sonné pour le Dr Tellier qui continue de pratiquer au CLSC Côte-des-Neiges et à la Clinique Medic Elle. « Depuis ma toute première journée de pratique, dit-il, j’ai toujours été fasciné par cette médecine de première ligne qui permet de suivre nos patients sur plusieurs années. Actuellement, j’ai le privilège de soigner les petits-enfants de mes premiers patients du temps de mes deux années de résidence. »

Le Dr Tellier demeure également actif sur le campus de McGill. À titre de professeur agrégé, il enseigne à des étudiants en médecine et en sciences infirmières. Ses champs d’expertise concernent notamment la santé sexuelle, la violence conjugale ainsi que la traite de personnes. Faisant de la recherche au sein du programme de résidence en médecine de famille, le Dr Tellier a d’ailleurs plusieurs projets en tête. Le dernier en lice : venir en aide aux jeunes transgenres issus de l’immigration.

15 juin 2020

TEXTE COLLECTIF – IDÉES – Le Devoir

Photo: Kimberly P. Mitchell Detroit Free Press via Associated Press

Parmi les mesures mises en place par le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec pour faire face à la COVID-19, de nombreuses activités cliniques ont été délestées. Parmi elles, les mammographies prévues dans le cadre du Programme québécois de dépistage du cancer du sein (PQDCS). Dans une récente sortie à la une du Devoir ainsi qu’à la radio de Radio-Canada, le Dr Sarkis H. Meterissian, coprésident du comité consultatif de la Fondation du cancer du sein du Québec, s’inquiétait du fait que, depuis huit semaines, aucune mammographie de dépistage n’avait été réalisée, laissant présager un « tsunami » de patientes à traiter lorsque les activités reprendront. Or, cette crainte repose sur une surestimation des bénéfices associés au dépistage. La valeur qu’on lui attribue occulte ses effets délétères, qui sont pourtant bien réels.

Il faut distinguer les mammographies à visée diagnostique des mammographies dites de dépistage. Dans le premier cas, la patiente présente un symptôme laissant suspecter une pathologie sous-jacente : une masse, un écoulement ou tout autre changement à un sein. Dans ce cas, il faut établir la nature de l’anomalie de la patiente afin qu’elle puisse bénéficier des traitements appropriés dans les meilleurs délais. De même, les patientes qui ont déjà reçu un diagnostic et des traitements pour un cancer du sein doivent faire l’objet d’un suivi tel qu’il a été déterminé par leur médecin. Il n’est pas question de remettre en cause la pertinence ou la nécessité de la mammographie pour ces patientes, au contraire.

Lorsqu’on parle de dépistage, on a affaire à une clientèle qui ne présente aucun symptôme. La prémisse du dépistage du cancer en général, et du PQDCS en particulier, est que si on trouve le cancer plus tôt, avant qu’il soit perceptible ou cause des symptômes, on pourra ainsi mieux traiter et guérir plus de patientes. S’il est vrai que les mammographies réalisées dans le cadre du PQDCS permettent de trouver et traiter de nombreux cas de cancers du sein, l’effet sur la mortalité par cancer du sein n’est vraisemblablement pas aussi important qu’on pourrait penser. Selon les chiffres publiés par le Groupe d’étude canadien sur les soins de santé préventifs (GECSSP), il faut dépister 1333 femmes âgées entre 50 et 59 ans (ou 1087 femmes âgées de 60 à 69 ans) par mammographie tous les deux ans pendant au moins 7 ans pour éviter un décès par rapport à des femmes qui n’auraient pas participé au dépistage. Or, pour chaque décès (par cancer du sein) évité grâce au dépistage, 3 à 4 femmes sont « surdiagnostiquées » avec ce cancer, c’est-à-dire qu’elles subiraient des traitements inutiles pour un cancer qui, en l’absence de sa découverte dans le cadre du dépistage, ne leur aurait jamais causé problème. C’est ce qu’on appelle le surdiagnostic. La difficulté est qu’une fois le diagnostic posé, il est impossible de dire à la patiente si elle a un cancer qui relève de la première ou de la seconde catégorie. Pour elle, par contre, le poids du diagnostic et ses implications sont tout aussi graves. Il faut aussi considérer que, durant la même période de dépistage, entre 250 à 300 femmes auront reçu un résultat faussement positif qui leur vaudra de subir l’anxiété d’investigations supplémentaires et potentiellement une cascade diagnostique qui les exposera à des biopsies voire à des chirurgies.

Premièrement, ne pas nuire

L’exemple du cancer du sein nous renvoie à la question, très concrète, du bénéfice et des risques d’exposer un patient ou une patiente à un test. Faire un ou des tests peut sembler une bonne idée, mais faut-il encore qu’ils apportent quelque chose de significatif. Dans les dernières décennies, le nombre de recommandations et de tests suggérés, notamment chez des patients par ailleurs bien portants et ne présentant pas de symptômes d’appel d’une pathologie particulière a explosé, exposant ces derniers aux risques de la surmédicalisation, de la surinvestigation et du surdiagnostic.

Il est encore trop tôt pour tracer un portrait de l’impact du délestage des activités cliniques. Il n’est cependant pas incongru de penser que certains patients pourraient, ultimement, avoir été « sauvés » par la COVID-19, une situation qui n’est pas sans rappeler une célèbre publication dans le JAMA Internal Medicine qui démontrait que les patients hospitalisés en cardiologie mouraient paradoxalement moins durant les grands congrès nationaux de la spécialité, alors que les hôpitaux étaient désertés par les spécialistes de la discipline. Est-ce à dire que les médecins nuisent à leurs patients ? Non. Mais nous avons le potentiel de le faire en les exposant à des interventions et à des investigations dont le risque n’est pas corrélé par les bénéfices qu’ils peuvent espérer ou sans leur expliquer l’équilibre entre les bénéfices et les risques, comme dans le cas du dépistage du cancer du sein.

Alors qu’on organise actuellement la reprise des activités cliniques, une tâche qui s’annonce colossale et qui en elle-même génère beaucoup d’inquiétudes, particulièrement chez les patients qui attendaient des investigations et des traitements avant la pause forcée des dernières semaines, nous sommes d’avis que la reprise des activités de dépistage dans la population générale, en cancer du sein notamment, ne doit pas être une priorité. Le contexte actuel doit servir à remettre en question plus largement nos choix dans l’offre de services cliniques de manière à prioriser les interventions qui ont démontré une efficacité et des bénéfices concrets pour les patients et patientes.

Signataires :

Membres du groupe de travail sur les meilleures pratiques et formateurs de la formation de développement professionnel continu « Pour une pratique éclairée, une utilisation judicieuse des examens et des traitements », Collège québécois des médecins de famille.

Pascale Breault, M.D., CCMF, GMF-U Nord de Lanaudière, chargée d’enseignement clinique, Département de médecine familiale et de médecine d’urgence de l’Université Laval.

Guylène Thériault, M.D., CCMF, GMF d’Aylmer, membre du Groupe d’étude canadien sur les soins de santé préventifs.

René Wittmer, M.D., CCMF, GMF-U des Faubourgs, professeur adjoint de clinique, Département de médecine de famille et de médecine d’urgence de l’Université de Montréal.

Samuel Boudreault, M.D., M.Sc., CCMF, GMF-U Nord de Lanaudière, professeur agrégé de clinique, Département de médecine familiale et de médecine d’urgence de l’Université Laval.

Caroline Laberge, M.D., CCMF, FCMF, présidente du Collège québécois des médecins de famille, professeure d’enseignement clinique au Département de médecine familiale et de médecine d’urgence de l’Université Laval.

Hélène Landry, M.D., CCMF (MU), directrice médicale GMF-U Laurier, professeure d’enseignement clinique au Département de médecine familiale et de médecine d’urgence de l’Université Laval.

Geneviève Bois, M.D., CCMF, médecin de famille CMC Whapmagoostui, chargée de clinique au Département de médecine familiale, Université McGill.

Cette année de pandémie marque une période de transition pour plusieurs, c’est pourquoi le CQMF et son programme de mentorat s’adaptent aux nombreux besoins émergents. Soyez mentoré-e ou mentor-e, selon la nouvelle formule qui conviendra le mieux à vos attentes.

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Dominique Deschênes, M.D., CCMF, FCMF

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